Le GE : acteur-clé de la revitalisation des centres-bourgs

La dévitalisation des centres urbains moyens s’aggrave, sans que les mesures prises par le passé ne puissent enrayer cette hémorragie, au profit des grandes agglomérations. Pour mettre en place des solutions efficaces afin de développer l’attractivité de ces centres-bourgs, les géomètres-experts participent activement aux différentes consultations engagées par l'état et se positionnent comme les acteurs-clés des futures opérations de revitalisation du territoire.

Des mesures gouvernementales pour revitaliser les centres-villes

Le ministre chargé de la Ville et du logement, Julien Denormandie, a annoncé le lundi 3 décembre un nouveau dispositif destiné à inciter les investisseurs bailleurs à rénover les logements anciens et dégradés dans les centres-villes. Ce dispositif, présenté par un amendement gouvernemental dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) pour 2019, en cours de discussion au Parlement, a été adopté mi-novembre à l'Assemblée et a été voté vendredi 30 novembre par le Sénat. A partir du 1er janvier, une nouvelle aide fiscale encouragera les travaux de rénovation dans des zones où les logements sont vides ou en mauvais état. Cette nouvelle aide, dont le montant est évaluée à 120 M€ par an, doit aussi inciter les investisseurs bailleurs à rénover les logements anciens et dégradés, dans les centre-villes des 222 communes ciblées par le dispositif « Action cœur de ville ».

Une mesure forte qui s'inscrit aussi dans le prolongement des actions de l'état en faveur de la revitalisation des centres-villes. Pour rappel : la loi pour l'aménagement et le développement du territoire du 4 février 1995 a été une première réponse à ce constat de dévitalisation des centres-bourgs. Cette loi a en effet instauré la création des zones de revitalisation rurale, permettant aux communes d'un périmètre défini et remplissant certaines conditions de bénéficier de l'exonération de la taxe professionnelle pour des entreprises participant au développement de la zone. Objectif : inciter fiscalement les commerces à se réinstaller en centre-ville.

De la nécessité d'une stratégie globale

Au-delà des mesures gouvernementales en faveur de la revitalisation des centres-villes, il faut aussi fédérer les collectivités sur le sujet. Si chacune à son niveau s'engage pour repeupler son centre-ville, il manque une vision d'ensemble pour faire aboutir des projets concrets et pérennes, que ça soit au niveau du plan local d'urbanisme ou de celui du schéma de cohérence territoriale. Dans le cadre de cette stratégie globale, il est également important de remobiliser et remotiver les élus locaux, premiers concernés par cet enjeu urbain mais dont les démissions en cascade sont symptomatiques d'un sentiment d'impuissance. Autres acteurs-clés du renouveau économique des centres-bourgs et à impliquer dans cette réflexion collective : les géomètres-experts.

Les géomètres-experts conscients des enjeux de la revitalisation des centres-bourgs

Depuis longtemps, l'Ordre des géomètres-experts a identifié les enjeux liés à la revitalisation des centres-bourgs. Lors de la rédaction de son Livre blanc, élaboré dans le cadre de la campagne des présidentielles de 2017, la profession a notamment proposé de développer des incitations fiscales en matière de rénovation de l'habitat existant et ancien pour favoriser le renouveau des centres-villes et centres-bourgs, au détriment des constructions neuves périphériques. Cette proposition, qui fait écho à la toute récente mesure fiscale annoncée par Julien Denormandie (voir plus haut), a été également portée lors de la conférence de consensus qui a précédé l'élaboration puis l'adoption du projet de loi Elan (Évolution du logement, de l'aménagement et du numérique). Publiée au journal officiel, le 24 novembre dernier, la loi Elan a introduit dans l'ordonnancement juridique un nouvel outil, " l'opération de revitalisation du territoire ", définie comme un " contrat intégrateur unique permettant de faire converger les dispositifs et les moyens mobilisables des signataires, publics et privés ", dans les villes moyennes.

Ajoutons que lors des rencontres nationales de l'aménagement du 22 novembre dernier, une réflexion de fond sur la question des outils, des partenariats et des financements pour la régénération des villes petites et moyennes a été menée. Forts de leur expérience terrain, les géomètres-experts avaient déjà participé à mettre en lumière les freins aux projets de régénération urbains de ces villes et à identifier la manière d'organiser au mieux les relations entre propriétaires fonciers et aménageurs.

Des villes qui se "dépeuplent"

Aujourd'hui, la plupart des villes moyennes (30 000 à 50 000 habitants) sont confrontées à un déclin démographique, économique et social. Ces communes ont pour point commun d'être généralement d'anciennes villes industrielles, ou de garnison, qui sont déconnectées des grands axes de circulation. Elles concentrent 23 % de la population et 26 % de l'emploi. Les villes moyennes atteignent en outre des taux de vacance de 12 à 13 % de leurs commerces et voient leur centre se vider après 19 h. Des taux de chômage élevés, des logements vacants, une pauvreté accrue, la disparition des équipements et services traditionnels, sans oublier, une fiscalité plus importante que sur les autres territoires, autant de raisons combinées qui expliquent la dévitalisation commerciale qui frappe les centres-villes et conduit inévitablement à leur désertification.

Le manque d'accessibilité du consommateur au centre-ville, la concurrence entre les boutiques et l'e-commerce, le développement des zones commerciales périphériques et l'augmentation des loyers commerciaux et du prix du foncier ont clairement participé et participent encore au déclin des commerces en centre-ville. Entre 1975 et 2007, 20 % des aires urbaines ont ainsi perdu de la population. Un processus qui s'accélère et oblige ces communes moyennes à trouver rapidement des solutions qui ramènent de la vie dans le " coeur de ville ".

En tant que garants d'un cadre de vie durable, les géomètres-experts souhaitent plus que jamais participer et mettre en œuvre de nouvelles mesures qui favorisent la revitalisation des centres-bourgs. Il va de soi qu'ils auront à coeur de partager leur vision et leur retour d'expérience avec les autres acteurs du secteur. Redynamiser les centres-villes répond en effet à un engagement de tous.