Diversité: La parole aux femmes !

Fortement apparentée et associée aux métiers du BTP, la profession de géomètre-expert et les métiers liés à l'expertise sont en effet, historiquement et culturellement, majoritairement exercés par des hommes.
Aujourd'hui, la tendance change heureusement et les femmes sont de plus en plus nombreuses à embrasser la profession. Elles représentent environ 13 % des effectifs. En outre, elles ont plus d'un atout à faire valoir pour exercer ce métier au coeur des grands enjeux d'actualité.
La preuve avec cette interview croisée de Florence Coste, géomètre-expert au sein du cabinet GPO, intervenant à Ille-sur-Têt (Pyrénées-Orientales), Bolquère (Pyrénées-Orientales) et Fitou (Aude) et Séverine Vernet, géomètre-expert au cabinet Bonnier-Vernet-Floch Expert près la Cour d'appel de Versailles (Yvelines).

Comment est née votre envie d’embrasser la profession de géomètre-expert ?

Florence Coste : Elle est née d'une attirance vers les métiers de la construction, des travaux publics et de l'aménagement du territoire.

Séverine Vernet : C'est ma sœur qui dans le cadre d'un travail aux Beaux-Arts sur la cartographie m'a parlé pour la première fois du métier de géomètre-expert. J'ai rendu ensuite visite au géomètre-expert qui participait au forum des métiers de mon lycée et ai recherché des informations complémentaires sur le métier auprès de la conseillère d'orientation.

Comment s'est passée votre installation en tant que géomètre-expert ? Le fait d’être une femme vous a-t-il semblé représenter une difficulté spécifique ? Vis-à-vis de vos confrères ? De vos clients ?

F. C. : J'ai repris un cabinet à 25 ans, soit deux ans après ma sortie de l'ESGT, le temps pour moi d'effectuer les deux ans de stage nécessaires pour devenir géomètre-expert. Deux jours après la sortie de l'école, j'ai commencé à travailler dans un cabinet de l'Ille-sur-Têt avec pour objectif de le reprendre. Mon installation s'est très bien passée, je n'ai jamais senti de différences avec les confrères ni avec les clients. Il est vrai que ces derniers font le choix avant de venir, ils savent à qui ils auront affaire et je pense que le service rendu est identique, avec peut-être une sensibilité en plus par rapport à nos confrères masculins.

S. V. : Je dirais que c'est au moment de l'embauche que le fait d'être une femme a été plus pénalisant. Cela a été le cas de plusieurs femmes de ma promotion. Pour ma part, on m'a répondu à deux reprises qu'on préférait prendre un garçon... Mais une fois installée, je n'ai senti aucun frein, ni de la part de mes confrères, ni de celle de des clients.

Vous n’êtes associée qu’avec des femmes, est-ce un choix délibéré ?

S. V. : Quand on me pose cette question, je rétorque toujours : « Cette question serait-elle posée à des associés exclusivement masculins ? Bien sûr que non ! » Ce n'est pas un choix, on s'associe d'abord et avant tout avec des personnes avec lesquelles le feeling est bon et avec qui on pense pouvoir travailler dans la durée.

F. C. : Oui, car nous avons les mêmes soucis d’organisation et devons concilier gestion d’entreprise et gestion de la famille et des enfants. Nous devons être très efficaces pendant nos heures de travail pour pouvoir assurer cet équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Le taux de féminisation de la profession évolue mais n’est que de 13 % à ce jour. Quel message voudriez-vous transmettre aux élèves ingénieures ou géomètres-experts stagiaires qui s’interrogent ?

F. C. : C'est un formidable métier, il n'y a pas de difficultés d'intégration, je ne me suis jamais posée la question et surtout pas à 25 ans.

S. V. : C'est bien en étant plus nombreuses que nous serons plus représentatives. Je pense que les freins soulevés autrefois, faisant état notamment d'un métier physique, dur, à l'image du monde des chantiers du bâtiment ou des TP, se sont estompés. A mon sens, ce qui manque encore du côté des femmes géomètres-experts, c'est surtout la prise de responsabilités, voire la prise de risques.

Quel regard portez-vous sur l’ordonnance de 2015 qui impose une parité dans les instances représentatives de la profession ?

S. V. : Je n'y étais pas favorable en premier lieu dans la mesure où c'est assez vexant d'être "critérisée" pour participer à la vie de la profession parce qu'il faut un quota et non parce qu'on est compétente dans tel ou tel domaine. Mais après réflexion, j'ai pensé que cela pouvait aider certaines d'entre nous à franchir le cap et oser. La parité stricte des membres élus assure qu'au moins deux femmes siègent au Conseil supérieur, soit 10 % de l'effectif de l'instance, ce qui est donc représentatif du taux de féminisation dans notre profession. En ce qui concerne les régions, il me semble qu'une parité selon la représentativité de chaque sexe aurait garanti un meilleur équilibre, mieux accepté et donc mieux suivi.

F. C. : Je ne pense pas qu’il faille imposer la parité, car nous ne sommes pas à 50/50, nous ne sommes que 13 %. Chacun à ses obligations et cela doit rester un choix d’être dans les instances représentatives et non une obligation.

Diriez-vous que le regard de vos clients a changé ? Pensez-vous « perdre » des contrats ou marchés parce que vous êtes une femme ?

S. V. : Je ne pense pas que cela soit une question de sexe mais plutôt une question de personne, de contact. De plus, aujourd'hui, nous sommes de plus en plus installées en société, c'est donc neutre pour le client.

F. C. : Peut-être en effet, mais nous en gagnons aussi beaucoup parce que nous sommes des femmes.

Les modes d’exercice proposés par l’institution vous semblent-ils répondre à tous les besoins ?

S. V. : Je conçois que pour une femme exerçant seule, l'exercice peut être plus compliqué au moment d'une grossesse.

F. C. : Oui, bien sûr car le panel offert pour exercer la profession est large, il va du salariat en passant par l'exercice libéral ou encore la détention de parts sociales.

Quelles règles de vie avez-vous mises en place pour articuler vie professionnelle et vie privée ?

F. C. : Il faut optimiser le temps de travail pour pouvoir gérer les enfants. Il n'y a pas souvent de pause à midi et nous faisons journée continue.

S. V. : Il faut simplement de l'organisation et de l'efficacité !

L’Ordre a créé une commission en faveur de l’égalité et la diversité. Quelles actions voudriez-vous voir sur sa feuille de route concernant les droits des femmes libérales (rémunération, congé maternité, actions de solidarité) ?

F. C. : Etant gérante de ma société, j'ai toujours eu le choix de ma rémunération, par contre pour les congés maternité c'est vrai que je n'ai pris que trois jours pour mon deuxième enfant. Je pense aussi que nous sommes à l'égal des hommes, il n'y a pas d'action de solidarité à avoir.

S. V. : Je n'ai pas de revendication en l'espèce. Peut-être faudrait-il prévoir d'inventer un statut pour les consœurs qui sont en congés maternité, l'interruption à l'inscription au Tableau de l'Ordre n'étant pas prévu dans les textes, mais cela devrait valoir pour les hommes aussi...