L'apprentissage, une chance pour la profession

Plusieurs mesures gouvernementales sont récemment venues soutenir l’apprentissage en entreprise. Avec 10 000 collaborateurs, les 1 120 cabinets de géomètres-experts accueillent des apprentis de tous niveaux. Séverine Vernet, Vice-Présidente du Conseil supérieur en charge de la formation, et Nicolas Jasiak, géomètre-expert à Lille, Dunkerque, Bordeaux et Rennes, nous expliquent pourquoi l’apprentissage est une chance pour la profession… autant que pour les jeunes alternants !

Pourquoi l’apprentissage est-il si important dans la filière des géomètres-experts ?

S.V : « Il y a, d’une part, une raison historique : les géomètres-experts formés avant 1994 l’ont été par l’Institut de Topométrie, dont la formation en 48 mois intégrait plus de 70 % d’apprentissage au sein des cabinets. Une large part des dirigeants actuels des cabinets sont eux-mêmes issus de cette formation, et donc convaincus des vertus du double apprentissage théorique et pratique ».

N.J : « Nous sommes aussi une profession de double expertise : le droit du côté de la théorie et la mesure du côté de la pratique. L’articulation entre les compétences et le service qui les accompagne pour nos concitoyens et nos collectivités s’apprend mieux dans le cadre d’un cabinet ».

Quels enjeux revêt aujourd’hui le développement de l’apprentissage au sein des cabinets ?

S.V : « Notre premier enjeu est celui d’un recrutement de qualité. Nous n’avons pas encore de chiffres consolidés, mais beaucoup de confrères partagent le constat d’une activité très soutenue… Et de la difficulté de trouver des collaborateurs compétents et rapidement opérationnels pour y répondre ».

N.J : « En outre, il y a un enjeu de pérennisation de nos équipes. La période d’apprentissage laisse suffisamment de temps pour échanger avec l’étudiant. On voit tout de suite si ses valeurs humaines correspondent à celles de l’entreprise et si les sujets techniques sont de nature à lui plaire…En retour, il ou elle a le temps de se faire une opinion sur le cabinet, l’équipe et le poste proposé. D’un côté comme de l’autre, il n’y a pas d’erreur de casting, à l’issue de l’apprentissage on se connaît et on sait si on est susceptible de bien travailler ensemble. »

Quels sont les parcours de formation des alternants accueillis par la profession ?

N.J : « Les profils des alternants sont très diversifiés ! A Lille, Angoulême, Blanquefort et Anglet, je travaille avec quatre lycées professionnels différents pour accueillir des étudiants en BTS topographie, Licence Pro géo 3D, jeunes ou adultes en reconversion, de France ou de l’étranger. A la rentrée prochaine, j’aurai le plaisir d’accueillir au moins un étudiant en école d’ingénieur qui réalisera son alternance dans le cadre d’un TFE (Travaux de Fin d’Etudes). Tous les profils sont passionnants, tant dans la relation individuelle et interpersonnelle, que dans la transmission des savoirs qui doit être adaptée à la formation suivie par l’alternant ».

S.V : « La diversité des profils accueillis est exactement la même que celles des profils qui composent nos équipes. Les cabinets de taille importante peuvent d’ailleurs accueillir des alternants sur les missions « support » comme la comptabilité ou les ressources humaines. La décision des écoles d’ingénieurs de s’engager pour proposer des filières en alternance est remarquable. Cela vient compléter le panel des accompagnements que peut proposer la profession. En contrepartie, des jeunes « moins scolaires » qui ont besoin d’articuler théorie et pratique, ou qui ont besoin d’une rémunération en complément de leurs études, ont l’opportunité d’accéder à nos filières ».  

Les périodes d’alternance se concluent-elles souvent par un recrutement ?

N.J : « Oui, mais cela ne doit pas être la principale motivation d’un cabinet à accueillir des jeunes en apprentissage. L’alternance est une aventure humaine et des échecs surviennent parfois. Il faut vraiment s’engager dans la démarche avec le sens de la transmission du savoir. Il m’arrive d’ailleurs assez souvent d’aller gracieusement dans les établissements qui forment mes apprentis pour proposer un TP (Travail Pratique) avec du matériel de mon cabinet, trop pointu pour que l’école en dispose. La plus belle récompense, c’est quand un alternant obtient son diplôme et qu’il est fier du parcours suivi. Evidemment, s’il vient ensuite rejoindre pour de bon notre équipe, tout le monde est gagnant ! »

S.V : « Oui, à partir du moment où un géomètre-expert a eu le temps de constater le sérieux et les capacités de l’alternant, nos besoins de recrutement sont tels que les embauches sont presque systématiques. Les niveaux de salaires sont attractifs : diplômé d’une licence professionnelle, un jeune diplômé peut, selon son parcours et son profil, prétendre à une rémunération nette mensuelle aux alentours de 2 000 euros. Et puis, il y a de réelles perspectives d’évolution via la formation continue. Un jeune titulaire d’une licence pro peut, après quelques années d’expérience professionnelle, passer le DPLG pour devenir à son tour géomètre-expert mais il n’en n’aura pas fini pour autant, puisque les géomètres-experts ont, tout au long de leur vie, une obligation de formation continue de 24 heures par an. En fait, on est une profession qui ne cesse jamais de faire grandir les compétences ! »

Longtemps laissée de côté et trop souvent décriée, l’alternance est aujourd’hui revenue sur le devant de la scène sur le marché de l’emploi. Elle se veut une solution "gagnante-gagnante" pour les entreprises et ce, quel que soit leur secteur d’activités. Les géomètres-experts ont comme beaucoup saisi rapidement les enjeux du dispositif. Recruter ses futurs candidats par le biais de l’alternance est l’occasion pour la profession de s’adapter aux besoins et attentes des jeunes (comme elle l’a démontré dernièrement en lançant un Business Game, voir article à ce sujet dans cette newsletter), de capter des profils plus rapidement opérationnels et qui construiront aussi l’avenir du métier.